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16/03/2018

IV- LA RETRAITE A L'ABBAYE DE HAUTECOMBE, NOUVELLE FORMULE

 
 
 
 
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Episode quatrième :
 
 
L'heure des loups résonne de son silence.
 
Marie-Claire et Charles-Henry, sont toujours face à face et s'amusent maintenant de leurs différents remèdes contre la chronicité de leurs insomnies respectives.
 
Paroles éphémères et petits soucis, se dit André.
 
Jamais ces deux con-bobos ne connaîtront mes tortures, se dit-il. Ce mal perpétuel ( tailladant de bas en haut, du ciboulot jusqu'aux moindre et bas boyaux) que l'on nomme, entre les yeux embués d'autres miséreux de bistrots :  le sevrage forcé du  « poivrôt…"
 
- Ah bon, vous prenez du Théralène ? dit Charles-Henry, en cherchant dans sa trousse rouge, un flacon. Moi, cela fait des années que je prends du Stillnox...
 
 - Ah  oui ? s'enquiert Marie-Claire, je crois savoir que cela est très puissant. Il n'y a pas trop d'effets secondaires à la longue ?
 
- Non, tout est question d'habitude et comme vous sans doute l'indispensable est maintenant fortement installé.
 
  Marie-Claire, se tourne vers André :
 
- Vous ne dites plus rien depuis un bon moment, il y a quelque chose qui ne va pas ?
 
- Non, il y a seulement que je vous emmerde tous deux conjointement, et que je vais prendre congé de votre insupportable compagnie.
 
Dédé, va rejoindre sa couche, ferme les yeux et cogite, laissant éberlué ces deux compagnons de retraite qui reprennent assez vite, leurs civilités dans la politesse qu'il sied à l'usage à leurs rangs.
 
Quatre heures ont passées dans ce lieu. Le silence maintenant est absolu.
 
Dédé, n'a pas trouvé le sommeil, mais comme il arrive parfois lors d'une tension trop prolongée, il a rencontré le diable...
 
Dans le terrible dessein soufflé par Satan, il a prémédité machiavélique, d'impliquer salement ces deux  « foutrax » de la bourgeoisie, qui dorment et ronflent à quelques mètres de lui. Une sorte de vengeance plaquée sur ces deux êtres dont il a ressenti dans la moindre de ses pores, le condescendant et poli mépris. Pourquoi, aujourd'hui la charge d'une vie d'invisibilité est-elle devenue trop lourde ?  Va savoir le mot, le regard qui a allumé la mèche, en ce milieu de nuit. 
 
Sa petite lampe de poche, il s'approche de la couche de Charles-Henry.
 
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Surprise, putain !  il voit, nue à ses côtés Marie-Claire, la main sous le ventre proéminent de son amant, elle pionce comme une enclume....
 
- " Et oui, Dédé ", lui souffle un peu con, le démon : " tant gratte la chèvre que la mâle agit "
 
Sans se laisser emberlificoter par cette considération pas maligne, du malin, il se re-concentre sur son sinistre projet, en farfouillant méticuleusement dans les affaires  de Charles-Henry. Ce qu'il cherchait, il l'a trouvé. Ensuite, calmement il se dirige vers la couche délaissée de Marie-Claire.
 
Quelques minutes de retournement sur son chevet, et là aussi, il semble satisfait,  voir même souriant, lorsqu'il repasse vers le lit des nouveaux amants, pour y déposer un contenant...
 
Puis il regagne à pas feutrés, son lit.
 
Il s'allonge, patiente quelques longues minutes, et se met à crier fortement...cellule-de-moine-le-grand-silence-4eb773c8-d950-46b9-b7b6-938524228211.jpg
 
- Que vous arrive-t'il André, demande ahuri Charles-Henry, accourût.
 
- Je ne vais vraiment pas bien, pouvez-vous merci, m'apporter un verre d'eau, que je puisse prendre mon Baclofène, je suis en crise.
 
 
Le dérangé du sommeil et décontracté des glandes, s'exécute au plus vite.
 
- Je tremble Charles-Henry, pouvez vous me faire boire, mon cachet est sur la langue.
 
- Mais oui répond celui-ci,  tout en charité souvent hypocritement ordonnée.
 
Dédé, multiplie les excuses mélangées avec une déclinaison de remerciements, puis il feint de vouloir se rendormir.
 
Une heure aura passée, quand soudain des cris encore plus aigües se font entendre...
 
Dans la tronche d'André, une supplique appuyée fait florès dans tous ses circuits cognitifs. ( Faites madame, la providence qui avec moi vous êtes toujours abstenue, que cette fois-ci, vienne à mon chevet Marie-Claire...)
 
Dans la minute, qu'elle chance, celle-ci,  sourit André, la voici toute ébouriffée,  présente à son chevet.
 
- Ah Marie-Claire, merci !  Pardon, je suis malade, je tremble de tous mes membres, puis-je seulement avoir un verre d'eau pour prendre mon traitement anti-alcoolique.
 
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- Mais oui, bien sûr dit-elle en repartant dans sa robe de chambre bleu matelassé, avec le verre désigné par André.
 
- Merci de me faire boire... ma main a trop la tremblote, voici mon comprimé, murmure l'affaibli.
 
Tout a marché, tout se combine à merveille, se réjouit le Dédé, en suçant d'un plaisir délicieusement coupable, son deuxième bonbon menthe.
 
Puis s'accordant encore quelques minutes d'un ravissement cynique, sa détermination à apparaitre ou disparaitre en  « fouteur » de merde, refait surface en interrogation, dans les méandres de son cortex.
 
Pourquoi, un sursaut de bonne conscience affleure maintenant à son cerveau ?
 
Après tout ce qu'il a subit sa vie durant, après toutes ces humiliations quotidiennes comme autant d'épines écrasées sur ses faiblesses, pourquoi Dédé, tel judas trahissant cette fois le mauvais apôtre, se sent incapable de suivre le juste-boutisme sournois et impitoyable du diable.
 
Va comprendre toi,  d'où remonte depuis des siècles, l'indulgence des opprimés pour les exploiteurs.
 
Il cherche et trouve enfin un stylo, et entreprend d'écrire, ce qui est peut être la première fois, un mot à sa femme.
 
Le billet soigneusement plié, est  glissé soigneusement dans une petite pochette verte, dans laquelle se trouve sa carte vitale.
 
Il range le tout dans son portefeuille en peau de chèvre largement décrépit.
 
Avant que de reprendre une position de repos, il sort une mini-bouteille d'eau de Thonon. Il ferme ses paupières, esquisse un léger sourire et s'endort avec le souvenir mélodique d'une chanson (de la  "variette" totalement assumée) entendue entre sept  "pubs" un soir sur RMC.
 
  " Tout est blanc
 
    Étouffé
 
    Faux semblant
 
    Allongé
 
    C'est l'hiver, en été "
 
 
Polycarpe ( Christian Cornier)

10:00 Écrit par Polycarpe | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

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