v75.xiti.com

23/02/2018

LA RETRAITE A L'ABBAYE DE HAUTECOMBE, NOUVELLE FORMULE...

 I-  Episode premier
 
 
 
Hautecombe (1).jpg
 
 
 
 " Beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,
 
  Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages  
 
  Qui pendent sur tes eaux ".
 
 
 
Désespérant d'images et de mots aussi beaux aussi grands que ceux choisis de Lamartine, nous sommes ainsi que tu le devines, sur le rivage occidental du lac du Bourget, au pied du mont de la Charvaz.
 
Saint Pierre de Curtille, en ce début d'été de bonne heure le matin, brille de milles reflets d'un soleil aux luxuriantes lueurs. Comme déjà happé par l'eau, le ciel cherche encore à noyer le trop violent de son bleu dans cet immense miroir mouvant que ride léger en surface de « dancefloor» un petit vent aléatoire et parfumé.
 
 Au loin, à deux lieux près d'ici, un busard des roseaux et des grèbes huppés, tournoient au dessus des eaux où baignent l'orchis des marais.
 
 
grebe.huppe.rori.13g.jpg
 
Des carpes insouciantes, lasses et grasses, frayent et échangent en bulles profondes, qui lentement autour remontent et s'évanouissent  en cercle à la surface de l'onde toujours réinventée.
 
 Nous sommes à la Chapelle des Princes, bijoux en magnificence   gothique, de pierres agencées en grâce perçue par Saint Ignace de   Loyola, et devenues tombeaux de la maison de Savoie en ....   Chautagne. 
 
images (1).jpeg
 
 Par une de ces pirouettes (avec triple axel) dont le destin nous gratifie parfois, un groupe de quinze personnes bigarrées, différentes  (socialement,intellectuellement, sexuellement) se retrouvent pour nous aujourd'hui dans ce havre de paix.
 
 
Après une bénédiction du père Laurent Fabre, senior « advisors » de cette boutique grande surface à bondieuserie, ils sont réunis dans le huis-clos d'une aile de cette célèbre abbaye savoyarde.
eeI41nayWzCK6tKMFuj1eMs8xdw@400x360.jpg
 
Frère Arthur, un grand rouquin en robe de bure, la peau pigmentée jusqu'au bout des mains, résume d'une voix de Garou des cathédrales,  les dispositions de la retraite choisie.
 
 - Bienvenue, frères et soeurs dans ce lieu. Pour débuter ce cheminement, nous vous invitons à confier au frère Antoine, qui passera vers chacun de vous, vos effets personnels ainsi que les autres ustensiles qui vous rattachent parfois avec excès, à la vie terrestre : montre, papiers, portable... Une aube en lin/coton unisexe et un gilet vortex en laine de Hénin-Beaumont, vous sera distribués.
 
 - Faut-il enlever «paraillement » ses sous-vêtements ?
   demande une forte dame avec un accent Valaisan.
 
 - Non çà bien sûr ... non !
 
Un frisson de gêne rieuse contenue parcourt l'assemblée. Un rictus hautain et incontrôlé trahit soudain la placidité de frère Arthur... Inexorablement, la plèbe sera toujours la plèbe semble dire son regard étonné.
 
- Oui... aussi  je vous recommande de bien libeller l'étiquette correspondante à votre casier porte-manteau !
 
Deux par deux, les futurs retraités de Hautecombe, sortent des vestiaires. L'habit ici en ce lieu, fait vraiment le moine. Le civil apparat, la subtile distinction sociale des êtres ont soudainement disparus à ne plus former qu'un gris-blanc troupeau de fidèles disposés à la réflexion.
 
 - En jouant avec l'arbitraire et le hasard, je vais maintenant former des groupes de trois. Durant deux jours, vous aller devoir cohabiter dans une pièce commune avant que de rejoindre après les complies, les trois cellules individuelles pour la nuit. Ce temps de communion en trinité devra être consacré à un échange sur votre cheminement personnel vers le sacré, vers Dieu... Frère Antoine, passera trois par jour, avec de la tisane, des fruits secs et de la soupe, dans chacun des groupes. Le dernier jour lui, après les laudes, sera destiné à la méditation dans une solitude et un jeûne absolu, dans vos cellules respectives.
 
La retraite dite Jéricho, inscription en ligne sur le site de Hautecombe, telle est la nouvelle formule à succès du moment. Un mélange social arbitraire et fortuit, une réflexion commune imposée, un jeûne partiel avant que d'être total, puis  la solitude comme pour mieux s'approcher de Dieu, afin de voir un peu de son âme en soi-même, et tout çà pour la modique somme selon vos revenus de 16O à 24O euros, lavabos et latrines compris, carte-bleue acceptée.
 
image_large.jpeg
 
 Il y a donc là dans une pièce sobre, aux murs de pierre épais et catalyseur de fraicheur, une femme et deux hommes.
 
La femme est sans doute âgée de quarante deux ans, elle s'appelle Marie-Claire. Le premier des mâles, portant fier et cravaté de soie, se prénomme Charles-Henry, et enfin le dernier, nez et pommettes violettes, s'est annoncé fièrement sous le diminutif de Dédé.
 
Aucun des trois, bien entendu n'a suivi le même cheminement pour se retrouver ici dans ces saints lieux empreints de tant sérénité. Marie-Claire, très pratiquante a été plutôt poussée par une amie proche du curé de sa paroisse. Charles-Henry,  haut fonctionnaire du service des douanes de Chambéry, lui,  après de violentes et répétées disputes avec sa compagne, indique avoir fait la démarche de lui-même. Quant à Dédé, c'est sa propre épouse exaspérée, qui l'a inscrit pour ce long week-end, en attendant le placement forcé de son abruti de compagnon à Passy pour une ultime cure de désintoxication.
 
Une croyante, un mystique tourmenté du bocal et un poivrot notoire, la scène religieuse discussion pouvait commencer.
 
 
Polycarpe ( Christian Cornier)
 
 
La suite ? ( vendredi prochain avec la paye)

07:31 Écrit par Polycarpe | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

Les commentaires sont fermés.