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14/07/2018

11- LE DIABLE N'ARRIVERA PAS A COMPOSTELLE

Je fis un courtois sourire au moine, puis un coquin à une belle souriante avec le visage bonhomme d'une Alix de Saint André, qui avait eu la grâce de simplement, nous écouter, puis je pris congé. Touché, voici le lendemain, au petit matin, la preuve avec la main, d'un sommeil réussi. Je bande, comme une assurance dérisoire, des hommes qui sont à l'automne de l'histoire de leurs vies.

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J'ai donc passé une bonne nuit, comme un constat mécanique désolant des glandes qui régissent trop de nos existences, pour ne pas en être parfois souvent effrayé, dans nos esprits.

En me levant le premier, je me dis que j'avais toujours bien aimé dans ma vie les taiseux capables du vide nécessaire, d'avec les bruits du monde, et dont la longue maturation de la pensée intérieure était souvent source de ravissement intellectuel.

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Qu'elle horreur, le café, ce matin a dû filtrer dans la chaussette marquée d'un pèlerin.

Il est tout bonnement infect, l'arôme de l'arabica sent des pieds.

 

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 - Vous avez l'air bien songeur, monsieur Guérin, ce matin ?

 Qu'est-ce qu'elle me veut, celle là, que je me dis tout bas.

 - Oui, oui, j'étais en train de penser, dans ma tête, au messianisme terrestre dans la réflexion, sur la foi métaphysique, chez Camus...

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- Pardon ?

- Non, je rigole, je me remémorais une belle soirée de ma vie où j'avais vraiment trop bu.

La vieille paraît presque soulagée, rassurée dans sa boite crânienne carrée, de ce retour à la déconne dont il paraît que je suis coutumier. J'aurais aimé, voulu lui dire, autre chose.

La choquer, oui la choquer, en parlant d'un souvenir plutôt porté cul, pour bien lui clouer le bec à cette taupe, qui clabaude et toujours prompte au jugement dernier de son voisin...

Laissant passer une double croche de silence, je lâche son regard pour fixer le bout de mes doigts, en laissant partir mon imaginaire, autre part, parmi les beautés, celles que je sais maintenant faire venir à ma mémoire pour l'ensoleiller.

Aujourd'hui, mes jambes ont eu du mal à me faire rallier, le nouveau gîte attenant à un cloître. Le corps, cet étrange outil décidément peut se manifester par surprise à tout moment et de partout.

Il y a déjà quelqu'un sous la douche. Un bruyant de la savonnette. Il siffle et chante à tue-tête, et sans parole, à ce qui s'apparente en sol, à une marche militaire.La porte s'ouvre, c'est Edouard Picard, ruisselant d'eau.

 

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- alors, Monsieur Guérin, on vient nettoyer les machines ?

J'acquiesce poliment et vaguement à ce faquin une formule toute faite, mais mon regard se pose sur l'entre-jambe de cet homme râblé et ventru. Non, non rien ...en aucune façon, une attirance soudaine pour le sexe de cet emplâtre, mais un détail curieux fixe un court instant mon attention, à son endroit, en son milieu.

Monsieur Picard surpris, s'est aperçu de la chose, et du trouble que je n'ai pas suffisamment caché dans mon regard.

- Oui... çà, c'est l'Algérie, mon vieux Guérin, la guerre d'Algérie...

Et en commençant impudiquement à se fourrer une grande serviette de partout, il me raconte son histoire.

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- Avec la troupe, nous étions en opération de nettoyage, dans le «djebel» à Mimouna, à la recherche de fellagas.

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- Et çà, dit-il, en s'empoignant les couilles, «c'est une saloperie de chien maigre et pouilleux qui a surgit, dans une des casbahs, pendant que nous faisions sortir à grands coups de crosses, tous ces vieux «crouilles» enrubannés, éleveurs de poules et de chèvres décharnées. Le salopard de cabot, ne m'a pas loupé ! On n'a pu me sauver qu'une seule de mes «roubignôles».

- Bah… ! les copains du 14éme DBI ont été à la hauteur.  J'ai été bien vengé.

- Ils ont tout brûlé... Les baraques, les poules, les chèvres et les chiens, puis tous ces salopards, avec leurs vieilles, qui planquaient la nuit, des «félouzes», des activistes du FNL.

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En laissant passer un silence, Picard ajoute, sur un ton fataliste, et avec un large sourire:

- et puis, avec une en moins, çà marche quand même, j'ai eu 4 filles...

Cette évocation avait provoqué en moi comme un coup de chaud, de crasse, un malaise... Décidément ce type je l'avais bien cerné au début, un homme de peu, un indigent de l'esprit, avec une teneur d'âme proche de l'infinitésimale.

- Bon, excusez-moi, monsieur Picard, mais j'y vais, pour ne pas me mettre en retard pour la soupe.

J'ouvris la cabine et je me glissais de suite sous la douche, avec comme une hâte de me laver de cette saleté humaine partagée. Décidément les hommes sont toujours à la dimension réduite de leurs actes.

- Frottez bien, monsieur Guérin, crut bon encore d'ajouter ce crétin, en faisant résonner son rire encore longtemps dans le couloir.

Après le souper où fut servi un aligot capable de colmater une conduite sous-marine d'une plateforme pétrolifère au large du nouveau Mexique, une tisane était proposée.

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Polycarpe ( Christian Cornier)

La suite prochaine un autre fois.

 

08:11 Écrit par Polycarpe | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

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