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23/03/2018

V- LA RETRAITE A L'ABBAYE DE HAUTECOMBE, NOUVELLE FORMULE

Hautecombe (1).jpg- Marie-Claire, Charles-Henry, André, vous n'avez pas entendu la sonnerie, il est l'heure des matines ?

- Oui, oui frère Antoine, nous avons mal dormi, André a été malade.

- Bien bon, nous allons le laisser récupérer, mais nous comptons sur vous deux dans cinq minutes pour le premier office.

  Ainsi fut fait dans le déroulé commencé de cette nouvelle journée.

  De retour dans la cellule commune, Charles-Henry visiblement physiquement du matin, se jette sur Marie-Claire qui sans se faire prier    rentre immédiatement en communion avec cet homme dont il savait si peu, sinon son intense désir.

  Deux heures se sont écoulées, quand l'on vient frapper à la porte.

  - Re- bonjour, dit frère Antoine, voici le petit déjeuner. André, n'est toujours pas levé ?

  - Ah oui, non, je vais voir dit Marie-Claire.

  Malgré l'été, la froidure du matin a imprégnée les murs, obligeant Charles-Henry, a enfiler une veste de laine.

 - Au secours, au secours, hurle la quadragénaire, vite, venez, je crois qu'il est mort !

Frère Antoine, se souvenant d'une première année de médecine et d'une syphilis alors contractée, avant que d'intégrer le séminaire, saisi le poignet de l'allongé.

L'absence de pouls immédiatement constaté, mais aussi la vision de ses pupilles parties en couilles, sans parler de son dentier supérieur décroché, le diagnostic est vite fait : il y a eu un rappel brutal de Dieu, pour cette âme agitée...

Frère Antoine, délicatement et d'une seule et large main, ferme les yeux d'Halloween du défunt, et il invite aussitôt les deux affolés de la pièce, à se mettre à genoux, pour une courte prière.

- Venez, tout de suite avec moi, ne touchons plus à rien, nous allons ensemble prévenir père Laurent de ce malheur.

Ce dernier est surpris dans son bureau devant son ordinateur. Un sursaut, il décroche presque violemment ses oreillettes.

Sur l'écran plat, l'image n'est pas parmi les plus pieuses circulant sur l'infini de la toile...

A frére Antoine, cultivé et tout à sa gêne, il revient aussitôt en boomerang dans son ciboulot, ce vers de François Villon : " Qui n'a mesfait ne le doit dire "

Un clic vif sur le point rouge en haut à gauche et le fond d'écran du supérieur comme son propre état, réapparaissent en plus de sérénité. Le lac du Bourget, l'abbaye, la perfection des harmonies, le bleu des eaux, le gris de la pierre, à la droite du cliché, les applications toutes en bondieuseries apparentes, s'inscrivent à la suite, l'une de l'autre.

- Qu'arrive-t'il ? pour me déranger sans précaution de la sorte, frère Antoine.

- Mon père, j'ai frappé plusieurs fois... il y a eu parmi les fidèles en retraite, un mort !

- Un mort ici ? Grand dieu ! Si sa parole semble ici maitrisée, l'esprit enfoui de Père Laurent,  aux signes nerveux trahissant son visage, semble plus populairement dire :  " Putain d'Adèle, qu'elle merde et ennuis vont venir bientôt s'abattre sur ma charge ! "

- Vous n'avez rien touché au moins ? s'enquiert le supérieur.

- Non rien... sinon les yeux de ce malheureux que j'ai refermé.

- Pour la porte de la cellule commune, il en est et à double tour, de même ?

- Ah non, répond en blêmissant frère Antoine.

 L'oeil noir de l'autorité en ces lieux a quelque chose d'immédiatement effrayant... Frère Antoine, en aurait presque comme des tremblements dans les membres supérieurs.

- Dépêchez vous, bon sang de bois,  de faire le nécessaire ! j'appelle de suite la gendarmerie. Quand, à vous deux, veuillez rejoindre frère Arthur, pour reprendre vos habits civils. Votre retraite est malheureusement en cette maison, close pour l'instant...

Dans la demi-heure suivante sous une lumière que d'aucun ici, accommode au divin, tout ce qui côtoie journellement le mal, la misère et la mort, se range, gyrophares bleus éblouissants, sur le parking de l'abbaye.

Le SAMU ??? la mort n'aurait pas été précisée par père Laurent Fabre ? La gendarmerie nationale sous la forme d'une fourgonnette et d'une voiture banalisée.

Le père Laurent, se rend au devant de la maréchaussée.

- Bonjour,  gendarmerie de Saint Pierre de Curtille, je suis Edouard Vautrin, chef de l'unité de recherches, missions, tâches et fonctions, et voici mes trois assistants.

- Bonjour mon père, SAMU de Chavanaz, docteur Mokhtar-Aziz de la Rouvière, et mes deux collègues internes.

- Le teint pâle, l'oeil blafard, père Laurent après avoir rendu les politesses d'usages, propose à tous ce beau monde de le suivre. Dès l'entrée, il interpelle les frères Arthur et Antoine, pour se joindre à cette compagnie.

La cellule est ouverte. C'est le docteur Du Borgel, le plus preste auprès du corps immobile. Pouls reprit, narines médicales approchées de la bouche de l'allongé, la mort est officiellement confirmée.

- Je rédige l'acte de décès, et nous laissons faire votre travail, dit tout doucement le docteur Mokhtar.

- Bien merci, monsieur de la Rouvière, répond haut et fort Edouard, quand même intrigué par la particule plus que bizarre de ce médecin...

- Jacqueline, vous pouvez commencer les photos, Sandrine, et Jérôme de même pour les empreintes digitales et ADN. Quand à vous, pouvez-vous me suivre dans une pièce tranquille, pour m'expliquer le déroulé des faits.

Les trois religieux d'une tête baissée presque synchronisée, se soumettent immédiatement à cet ordre laïc.

- Donc, si j'ai bien tout suivi, de vos propos dans cette cellule, il avait trois personnes, deux hommes André Chavanieux , Pierre-Henry Rivet, et une femme Marie-Claire Panchon, ces  deux dernières personnes m'attendant pour leurs dépositions, dans une annexe de la Chapelle. Vous, frère Antoine, vous êtes rentrés dans la cellule ce matin à 5h 15, c'est bien çà ?

- Oui, inspecteur, je réveille personnellement les retardataires pressenties aux matines communes de cinq heures trente. Les deux compagnons d'André, m'ont de suite indiqués, que celui-ci avait eu une nuit agitée.  Compte tenu de sa personnalité visiblement fragile, j'ai pris la décision de lui laisser finir sa nuit...

- Et vous n'êtes pas allez le voir ?

- Ben non, comment pouvais-je savoir ? balbutie déstabilisé, frère Antoine.

- Non, non ... j'ai rien à dire de plus. Je vous demande simplement d'aller chercher les deux protagonistes qui ont partagés cette affaire.

- Cette mésaventure vous est-elle déjà arrivée dans ce lieu, Père Laurent ?

- Dieu merci, non et nous recevons des milliers d'âmes en retraite chaque année...

- Bien,  je vous prie de bien vouloir vous asseoir tous les deux en face de moi, et vous mes frères de me laisser dans ce tête à tête.

Visiblement Marie-Claire, tire une gueule de carême comme il est pas permis même par le tout puissant. Charles-Henry, lui est nerveux et gratte sans ménagement une plaque rougeâtre apparente sur son avant bras droit.

- Dites-moi, sans omettre le moindre détail dont on ne mesure jamais assez l'importance, comment et précisément s'est passé votre huis-clos avec André Chavanieux ? Je veux tout savoir, sur ses propos, sur ses faits et gestes, et idem avec encore plus de détails pour vous deux.

 

Polycarpe ( Christian Cornier)

La suite vendredi prochain.

08:07 Écrit par Polycarpe | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

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