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27/05/2018

4-LE DIABLE N'ARRIVERA PAS A COMPOSTELLE

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Au troisième étage, Anne-Claire, la mère d'Adrien, se jette dans ses bras.

 

Elle l'entoure, l'enlace, l'embrasse, le gêne, presque de tant d'amour. C'est le petit dernier. Son frère Arthur est casé, envolé du nid, et fait sa vie, qu'il a voulue ensoleillée, au bout du monde à Tahiti, avec sa charmante Johanna et deux beaux petits enfants.

 

Un repas d'amour, comme seule, peuvent en faire des mères, pour leurs enfants qui reviennent, et au dessert, la famille, grave, évoque la grand-mère de Bellevaux.

 Il est convenu que demain Adrien, se rendra à Thonon-les-Bains, au chevet de celle, qui l'a accueilli si souvent dans ce beau village de Haute- Savoie, au cœur du Haut Chablais.

 Dans sa chambre retrouvée, emplie des senteurs de son enfance, il replonge un moment dans ses souvenirs. Cette belle vallée, ses deux parents. Son pépé, ouvrier-paysan, qui n'est plus, et aujourd'hui, sa grand-mère, qui s'approche du vide absolu.

 

Adrien, submergé de chagrin, et mort de fatigue, s'endort sans effort, comme dans une chanson de berger.

 Il est dix heures trente, ce jeudi 8 Mars (la Saint Jean de Dieu) quand Adrien ouvre les yeux. Il regarde sa montre, et soupire un "merde » furtif indiquant comme une contrariété.

 En s'habillant à la hâte, il entend ses parents. Tiens, papa n'est pas parti au boulot ? se dit, Adrien, en cherchant furieusement, une chaussette.

 C'est Antoine, le premier, bientôt suivi de son épouse, qui entoure Adrien.

- ta grand-mère est morte, à deux heures du matin... on n'a pas voulu te réveiller , Adrien...

Il avait raison, le père d'Adrien, pour le nombre de paquets de café, qu'il lui avait commandé de prendre, à l'épicerie de chez Buinoud, aux Contamines, au centre du village.

Tout le chef-lieu et les alentours avait défilé dans la chambre de la famille Guérin, devant la dépouille de Marcelline. Elle avait presque comme un sourire figé aux lèvres. Un voile de crêpe noir soulignait son beau visage marqué de l'histoire de ses nombreux printemps.

Les mains jointes autour d'un crucifix, deux grandes bougies, donnaient à cette pièce une atmosphère particulière, propice à penser à rien ou à la mort en général...

La mise en terre de Marcelline Guérin, née Converset, était prévue pour lundi à 14 heures. Antoine, et sa sœur Arlette, maintenant orphelins de père et de mère, pestaient contre l'évêché d'Annecy.

En effet, pas moyen de trouver dans les environs, pour cette date, un vrai curé, avec du séminaire derrière lui, du célibat plus ou moins assumé, de la pratique sacerdotale estampillée. Non... les temps étaient ainsi, ils devraient se résigner, à ce que la cérémonie de leur mère, s'effectue avec des diacres de circonstances, des civils biens gentils de suppléer aux manquements de vocation nationale.

- tu vois, dit son père : les cinq litres de prune  de la cave y sont passés...

Cela, Adrien, avait bien remarqué, tous ces anciens dans la cuisine, le petit verre levé, et qui se cachaient pas parfois de rigoler, sans parler des deux ou trois, qu'il aura bien fallu ramener …

La veille de la sépulture, autour d'un délicieux chevrotin de la Ferme du Petit Mont, avec des patates à l'eau, la famille parle des jours à venir.

- C'est dommage, qu'Arthur ne puisse venir, dit Anne-Claire.

Adrien lui, émit le souhait de rester quelques jours à Bellevaux, dans la maison de ses grands parents, après l'enterrement.

Le lendemain, le soleil très tôt, était prêt à l'accompagnement de Marcelline. Adrien, descendu à la boulangerie, s'emplit une fois encore de la magnificence de ce beau village, au creux d'une aussi belle vallée encadrée de montagnes.

 

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En remontant au chef-lieu par la grand place, il pût apercevoir le clocher, souligné des lueurs du soleil, la poste, puis la petite école à la Prévert, le tout, dans un écrin baigné de cette lumière particulière, du village de sa famille.

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 Adrien, soudain saisi de toutes ces beautés, comme attendri, pensa :

« Bellevaux comme c'est beau, comme c'est beau»

Il y avait beaucoup de monde dans la belle église néoclassique Sarde de Bellevaux, oui quasiment tout le village, était réuni autour de la défunte. La cérémonie passa vite, avec comme une sensation «zarbi » comme on pourrait dire en ville dans la banlieue...de Thonon.

En effet dans les rangées, les plus anciens se laissaient aller à des réflexions sur ces cérémonies «discount» où les morts partaient presque, maintenant, à la sauvette, de ce bas monde.

Sans prêche digne de ce nom, sans encens, sans orémus adapté, sans qu'une chorale ne fusse entrainée, enfin sans le tralala pompeux des représentants de Dieu, qui donnaient à la mort tout le mystère nécessaire aux vivants, pour faire travailler leurs imaginaires en suivant les macchabées jusqu'au cimetière.

 

Polycarpe ( Christian Cornier)

La suite dimanche prochain.

08:39 Écrit par Polycarpe | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

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