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03/06/2018

5- LE DIABLE N'ARRIVERA PAS A COMPOSTELLE...

 

 

En accompagnant le corps de sa grand-mère, Adrien entendit par hasard

et furtivement parler de son grand-père Ferdinand, qui repose lui, en

Espagne...

 

- Le père Ferdinand, c'était un sacré garnement... et à Compostelle, il n'est pas

allé chercher que la sainteté...

 

Les deux anciens, moustachus à casquette, apparemment de la grande

famille des Meynet, Pasquier, Voisin, ou peut être des Gavard, en voyant Adrien se retourner, arrêtent aussitôt ce propos pour le moins surprenant.

 

Adrien, dès qu'il fût en âge de comprendre les rudiments de la vie, avait

bien senti, comme un mystère autour de son grand-père, sur les circonstances

de sa mort. Il avait aussi toujours ressenti, comme une gêne répartie dans

l'ensemble de ses proches, quand il s'aventurait à des questionnements trop précis

à son sujet.

 

Marcelline reçut des marguerites sur le bois vernis de son cercueil.

Tous les habitants défilèrent, puis se retrouvèrent aux bistrots chez Baud, puis

chez Bergoën, pour boire un dernier verre à la mémoire de celle qui avait trépassé…

 

La journée passa vite, il y eu encore comme un défilé dans la maisonnée

familiale. Comme prévu, à la nuit tombée, Adrien résista à ses parents sur son

envie de rester seul quelques jours à Bellevaux.

 

Quand tout le monde fut parti, Adrien traina dans toutes les pièces,

comme dans un coffre à souvenir. Le moindre objet remettait en scène les

acteurs disparus.

 

Marcelline, Ferdinand, les grandes vacances, les poules, les vaches, le

cochon, l'odeur du regain, les bêtises dans le village, le cabanon au fond du

jardin...A ce jeu de cache-cache de la nostalgie, Adrien s'adonna jusqu'à tard

dans la nuit.

 

Encore le grenier, et il avait raison Adrien, comme si quelqu'un là-haut

dans les étoiles du chef-lieu, mystérieusement le guidait.

 

Dans une lourde malle, des livres, des cartes, des photos jaunies, un

grand Robert, un petit Albert, à moins que ce ne fût le contraire, puis aussi,

une collection de BD défraichies, du papier d'Arménie, un livre d'Elysée

Reclus, un couperet, une coquille saint Jacques peinte avec le sigle en noir

des anarchistes, un marque-page des Lettres Constellées, un livret de

chansons de Gaston Couté, un couteau Suisse, une enveloppe et une longue

lettre venant de Brest et deux fourres plastifiées...

 

Le cœur d'Adrien bat la chamade, çà y est, quand il ouvre, il sait, il

pressent qu'il s'agit de secrets du grand-père. Sa lampe de poche a lâché.

Adrien s'est ramassé une poutre en pleine tronche, mais cela ne fait rien, il

arrive avec un trésor à la cuisine de Marcelline.

 

Un cahier d'écolier, des pages d'écritures bleutées, des notes dispersées,

des dates, des descriptions désordonnées, un titre «Mon voyage à

Compostelle».

 

Dans l'autre sachet, deux coupures jaunies de journaux. Dans le

premier, un avis d'Emmanuel Rouxel du Messager, l'autre de Chantal Peyrani,

correspondante de Bellevaux au Dauphiné Libéré relate la mort subite de

Ferdinand parti pour Compostelle.

Un autre article dans la langue de Cervantès

« Asesinato o accidente » Pétard ! se dit Adrien, c'est l'article qui relate la mort

de pépé...

L'autre est en français « Drame de la jalousie à Andrézieux Bouthéon»,

signé Stéphane Santini. Adrien se demande bien pourquoi et quel rapport avec

la mort de son grand-père.

 

C'est donc çà, tout ce mystère depuis une décennie dans ma famille, se

dit Adrien en se mettant au lit, avec ces pièces à conviction de plus en plus

claires, sur la fin qui ne l'est guère, de Ferdinand son grand-père…

 

Le lendemain, une touriste espagnole, en congé à l'hôtel des Moineaux,

donne à Adrien le sens de la coupure espagnole trouvée la veille. Son grand-

père est tombé du quatrième étage de l'hôtel Rua, à Arzua, sur la route de Saint

Jacques de Compostelle. La police locale a enquêté, car la maîtresse et l'épouse

du défenestré étaient présentes lors de ce drame...

 

Adrien est maintenant dans un tourbillon de pensées, de questions, qui

peut se résumer pour les moins cartésiens d'entre nous, par « mais c'est quoi

ce bordel ?»

 

Au bar chez Baud, il commande un sandwich pâté forestier jambon

beurre, et entreprend de chercher les coordonnées du journal de la Loire

relatant la deuxième étrange histoire.

 

Deux canards là-bas, le Progrès région St-Etienne, ce n’est pas eux,

merci Monsieur, et l'Essor … Une voix charmante répond aux questions

d'Adrien :

 

- Je cherche un journaliste qui a écrit un article dans vos colonnes. Il y a dix ans.

 

Il s'appelle monsieur Stéphane Santini, çà vous dit quel' chose ?

 

- Ou là là, il y a belle lurette, qu'il est à la retraite, celui-là !

 

La petite, à l'autre bout du fil, a comme des envies de plaisanter, de

vouloir discuter. De coups de fils en aiguille, Adrien en vient à ce que la

charmante prenne l'engagement de contacter ce vieux monsieur, coup de bol

ami de son père, qui était journaliste sportif du temps de l'épopée des Verts, et

en plus, de lui conseiller un hôtel prés de la gare de Saint- Etienne.

 

En reposant le combiné, Adrien fou de joie, s'adressant au jovial patron

de cet établissement, lui dit :

 

- Michel, tu me mets une triple Suze, s'te plait !

 

Puis, il téléphona, à ses parents.

 

- Oui, papa, j'y vais demain... Non, j'attends pas le week-end prochain pour la

 

répartition des biens... J'vais direct dans la Loire...j'te dis c'est important.

 

Adrien, est à bout d'arguments.

 

Polycarpe ( Christian Cornier)

 

La suite dimanche prochain

07:42 Écrit par Polycarpe | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

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