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05/06/2018

SOUS AUCUNE CROIX L'AMOUR NE SE PLAIT...

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Il pouvait pas faire autrement

Il avait reçu la conscience

C'était trop dur de la savoir

Présente chaque jour

La mort...

 

Il fallait au ciel levant

Projeter des espérances

Son besoin de croire

En mieux d'amour

Et conjurer le sort

Des sables d'Afrique, aux glaces d'Erivan

 

Qui a écrit un sens

Un papyrus d'espoir

Pour nos destins trop lourds

A nos corps...

 

Des hommes de chair et de sang

Ou des dieux sans peu de tolérance

Ils ont assombris notre histoire

Et partout, partout autour

De nous, encore et encore

La mort emporte le vent

Mauvais des obédiences

Déchire les voiles en désespoir

 

Aveugles et sourds

Sans regrets, ni remords

Les religieux de notre temps

Enchaînent la vie de haine et de souffrance

 

Dans leurs têtes d'entonnoirs

La vie ne pèse pas lourd

S'enlève ou se tord...

Sans espoir

Et sans amour

Ainsi demeure l'histoire...

Je vous maudis depuis longtemps

Et sans pardonner vos offenses

Je rêve d'un grand soir

Où tomberont vos tours

Mais est-ce que j'y crois encore ?

 

Polycarpe ( Christian Cornier)

 


07:21 Écrit par Polycarpe | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

03/06/2018

5- LE DIABLE N'ARRIVERA PAS A COMPOSTELLE...

 

 

En accompagnant le corps de sa grand-mère, Adrien entendit par hasard

et furtivement parler de son grand-père Ferdinand, qui repose lui, en

Espagne...

 

- Le père Ferdinand, c'était un sacré garnement... et à Compostelle, il n'est pas

allé chercher que la sainteté...

 

Les deux anciens, moustachus à casquette, apparemment de la grande

famille des Meynet, Pasquier, Voisin, ou peut être des Gavard, en voyant Adrien se retourner, arrêtent aussitôt ce propos pour le moins surprenant.

 

Adrien, dès qu'il fût en âge de comprendre les rudiments de la vie, avait

bien senti, comme un mystère autour de son grand-père, sur les circonstances

de sa mort. Il avait aussi toujours ressenti, comme une gêne répartie dans

l'ensemble de ses proches, quand il s'aventurait à des questionnements trop précis

à son sujet.

 

Marcelline reçut des marguerites sur le bois vernis de son cercueil.

Tous les habitants défilèrent, puis se retrouvèrent aux bistrots chez Baud, puis

chez Bergoën, pour boire un dernier verre à la mémoire de celle qui avait trépassé…

 

La journée passa vite, il y eu encore comme un défilé dans la maisonnée

familiale. Comme prévu, à la nuit tombée, Adrien résista à ses parents sur son

envie de rester seul quelques jours à Bellevaux.

 

Quand tout le monde fut parti, Adrien traina dans toutes les pièces,

comme dans un coffre à souvenir. Le moindre objet remettait en scène les

acteurs disparus.

 

Marcelline, Ferdinand, les grandes vacances, les poules, les vaches, le

cochon, l'odeur du regain, les bêtises dans le village, le cabanon au fond du

jardin...A ce jeu de cache-cache de la nostalgie, Adrien s'adonna jusqu'à tard

dans la nuit.

 

Encore le grenier, et il avait raison Adrien, comme si quelqu'un là-haut

dans les étoiles du chef-lieu, mystérieusement le guidait.

 

Dans une lourde malle, des livres, des cartes, des photos jaunies, un

grand Robert, un petit Albert, à moins que ce ne fût le contraire, puis aussi,

une collection de BD défraichies, du papier d'Arménie, un livre d'Elysée

Reclus, un couperet, une coquille saint Jacques peinte avec le sigle en noir

des anarchistes, un marque-page des Lettres Constellées, un livret de

chansons de Gaston Couté, un couteau Suisse, une enveloppe et une longue

lettre venant de Brest et deux fourres plastifiées...

 

Le cœur d'Adrien bat la chamade, çà y est, quand il ouvre, il sait, il

pressent qu'il s'agit de secrets du grand-père. Sa lampe de poche a lâché.

Adrien s'est ramassé une poutre en pleine tronche, mais cela ne fait rien, il

arrive avec un trésor à la cuisine de Marcelline.

 

Un cahier d'écolier, des pages d'écritures bleutées, des notes dispersées,

des dates, des descriptions désordonnées, un titre «Mon voyage à

Compostelle».

 

Dans l'autre sachet, deux coupures jaunies de journaux. Dans le

premier, un avis d'Emmanuel Rouxel du Messager, l'autre de Chantal Peyrani,

correspondante de Bellevaux au Dauphiné Libéré relate la mort subite de

Ferdinand parti pour Compostelle.

Un autre article dans la langue de Cervantès

« Asesinato o accidente » Pétard ! se dit Adrien, c'est l'article qui relate la mort

de pépé...

L'autre est en français « Drame de la jalousie à Andrézieux Bouthéon»,

signé Stéphane Santini. Adrien se demande bien pourquoi et quel rapport avec

la mort de son grand-père.

 

C'est donc çà, tout ce mystère depuis une décennie dans ma famille, se

dit Adrien en se mettant au lit, avec ces pièces à conviction de plus en plus

claires, sur la fin qui ne l'est guère, de Ferdinand son grand-père…

 

Le lendemain, une touriste espagnole, en congé à l'hôtel des Moineaux,

donne à Adrien le sens de la coupure espagnole trouvée la veille. Son grand-

père est tombé du quatrième étage de l'hôtel Rua, à Arzua, sur la route de Saint

Jacques de Compostelle. La police locale a enquêté, car la maîtresse et l'épouse

du défenestré étaient présentes lors de ce drame...

 

Adrien est maintenant dans un tourbillon de pensées, de questions, qui

peut se résumer pour les moins cartésiens d'entre nous, par « mais c'est quoi

ce bordel ?»

 

Au bar chez Baud, il commande un sandwich pâté forestier jambon

beurre, et entreprend de chercher les coordonnées du journal de la Loire

relatant la deuxième étrange histoire.

 

Deux canards là-bas, le Progrès région St-Etienne, ce n’est pas eux,

merci Monsieur, et l'Essor … Une voix charmante répond aux questions

d'Adrien :

 

- Je cherche un journaliste qui a écrit un article dans vos colonnes. Il y a dix ans.

 

Il s'appelle monsieur Stéphane Santini, çà vous dit quel' chose ?

 

- Ou là là, il y a belle lurette, qu'il est à la retraite, celui-là !

 

La petite, à l'autre bout du fil, a comme des envies de plaisanter, de

vouloir discuter. De coups de fils en aiguille, Adrien en vient à ce que la

charmante prenne l'engagement de contacter ce vieux monsieur, coup de bol

ami de son père, qui était journaliste sportif du temps de l'épopée des Verts, et

en plus, de lui conseiller un hôtel prés de la gare de Saint- Etienne.

 

En reposant le combiné, Adrien fou de joie, s'adressant au jovial patron

de cet établissement, lui dit :

 

- Michel, tu me mets une triple Suze, s'te plait !

 

Puis, il téléphona, à ses parents.

 

- Oui, papa, j'y vais demain... Non, j'attends pas le week-end prochain pour la

 

répartition des biens... J'vais direct dans la Loire...j'te dis c'est important.

 

Adrien, est à bout d'arguments.

 

Polycarpe ( Christian Cornier)

 

La suite dimanche prochain

07:42 Écrit par Polycarpe | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |

27/05/2018

4-LE DIABLE N'ARRIVERA PAS A COMPOSTELLE

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Au troisième étage, Anne-Claire, la mère d'Adrien, se jette dans ses bras.

 

Elle l'entoure, l'enlace, l'embrasse, le gêne, presque de tant d'amour. C'est le petit dernier. Son frère Arthur est casé, envolé du nid, et fait sa vie, qu'il a voulue ensoleillée, au bout du monde à Tahiti, avec sa charmante Johanna et deux beaux petits enfants.

 

Un repas d'amour, comme seule, peuvent en faire des mères, pour leurs enfants qui reviennent, et au dessert, la famille, grave, évoque la grand-mère de Bellevaux.

 Il est convenu que demain Adrien, se rendra à Thonon-les-Bains, au chevet de celle, qui l'a accueilli si souvent dans ce beau village de Haute- Savoie, au cœur du Haut Chablais.

 Dans sa chambre retrouvée, emplie des senteurs de son enfance, il replonge un moment dans ses souvenirs. Cette belle vallée, ses deux parents. Son pépé, ouvrier-paysan, qui n'est plus, et aujourd'hui, sa grand-mère, qui s'approche du vide absolu.

 

Adrien, submergé de chagrin, et mort de fatigue, s'endort sans effort, comme dans une chanson de berger.

 Il est dix heures trente, ce jeudi 8 Mars (la Saint Jean de Dieu) quand Adrien ouvre les yeux. Il regarde sa montre, et soupire un "merde » furtif indiquant comme une contrariété.

 En s'habillant à la hâte, il entend ses parents. Tiens, papa n'est pas parti au boulot ? se dit, Adrien, en cherchant furieusement, une chaussette.

 C'est Antoine, le premier, bientôt suivi de son épouse, qui entoure Adrien.

- ta grand-mère est morte, à deux heures du matin... on n'a pas voulu te réveiller , Adrien...

Il avait raison, le père d'Adrien, pour le nombre de paquets de café, qu'il lui avait commandé de prendre, à l'épicerie de chez Buinoud, aux Contamines, au centre du village.

Tout le chef-lieu et les alentours avait défilé dans la chambre de la famille Guérin, devant la dépouille de Marcelline. Elle avait presque comme un sourire figé aux lèvres. Un voile de crêpe noir soulignait son beau visage marqué de l'histoire de ses nombreux printemps.

Les mains jointes autour d'un crucifix, deux grandes bougies, donnaient à cette pièce une atmosphère particulière, propice à penser à rien ou à la mort en général...

La mise en terre de Marcelline Guérin, née Converset, était prévue pour lundi à 14 heures. Antoine, et sa sœur Arlette, maintenant orphelins de père et de mère, pestaient contre l'évêché d'Annecy.

En effet, pas moyen de trouver dans les environs, pour cette date, un vrai curé, avec du séminaire derrière lui, du célibat plus ou moins assumé, de la pratique sacerdotale estampillée. Non... les temps étaient ainsi, ils devraient se résigner, à ce que la cérémonie de leur mère, s'effectue avec des diacres de circonstances, des civils biens gentils de suppléer aux manquements de vocation nationale.

- tu vois, dit son père : les cinq litres de prune  de la cave y sont passés...

Cela, Adrien, avait bien remarqué, tous ces anciens dans la cuisine, le petit verre levé, et qui se cachaient pas parfois de rigoler, sans parler des deux ou trois, qu'il aura bien fallu ramener …

La veille de la sépulture, autour d'un délicieux chevrotin de la Ferme du Petit Mont, avec des patates à l'eau, la famille parle des jours à venir.

- C'est dommage, qu'Arthur ne puisse venir, dit Anne-Claire.

Adrien lui, émit le souhait de rester quelques jours à Bellevaux, dans la maison de ses grands parents, après l'enterrement.

Le lendemain, le soleil très tôt, était prêt à l'accompagnement de Marcelline. Adrien, descendu à la boulangerie, s'emplit une fois encore de la magnificence de ce beau village, au creux d'une aussi belle vallée encadrée de montagnes.

 

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En remontant au chef-lieu par la grand place, il pût apercevoir le clocher, souligné des lueurs du soleil, la poste, puis la petite école à la Prévert, le tout, dans un écrin baigné de cette lumière particulière, du village de sa famille.

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 Adrien, soudain saisi de toutes ces beautés, comme attendri, pensa :

« Bellevaux comme c'est beau, comme c'est beau»

Il y avait beaucoup de monde dans la belle église néoclassique Sarde de Bellevaux, oui quasiment tout le village, était réuni autour de la défunte. La cérémonie passa vite, avec comme une sensation «zarbi » comme on pourrait dire en ville dans la banlieue...de Thonon.

En effet dans les rangées, les plus anciens se laissaient aller à des réflexions sur ces cérémonies «discount» où les morts partaient presque, maintenant, à la sauvette, de ce bas monde.

Sans prêche digne de ce nom, sans encens, sans orémus adapté, sans qu'une chorale ne fusse entrainée, enfin sans le tralala pompeux des représentants de Dieu, qui donnaient à la mort tout le mystère nécessaire aux vivants, pour faire travailler leurs imaginaires en suivant les macchabées jusqu'au cimetière.

 

Polycarpe ( Christian Cornier)

La suite dimanche prochain.

08:39 Écrit par Polycarpe | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | |